Cinq Questions pour Fabienne Kanor [en]

Fabienne Kanor est une écrivaine et réalisatrice française, en résidence actuellement à la Nouvelle-Orléans. Son roman, Humus, sera, pour la première fois, traduit en anglais est montré sur scène, avec l’aide de Prof. Jean Brager de LSU. Nous vous invitons à lire ce portrait exclusif de Mme. Kanor, où elle parle de ses oeuvres et de ce nouveau projet collaboratif.

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Vous êtes en résidence pendant six mois à La Nouvelle-Orléans. Vous avez une adresse en France, une adresse en Martinique, et des attaches en Afrique. Pour vous ressourcez, où posez-vous vos valises ?

Je me suis posé la même question dernièrement et savez-vous le nom qui m’est venu immédiatement en tête ? Orléans. pas la nouvelle, là où je suis actuellement, mais la vieille, la vraie, celle où je suis née et où j’ai grandi. S’il est vrai que je n’aimerais pas vivre dans cette ville, il y a, lorsque j’y passe, quelque chose de rassurant, de paisible, d’éternel. C’est sans doute le seul lieu où je peux rester en pantoufle et en chandail, accepter de laisser la télé allumer toute la journée, supporter de rester des heures autour d’une table bien garnie en compagnie de mes quelques cousins et de mes tantes.

Vous avez à votre actif plusieurs romans et quelques documentaires. Comment avez-vous commencé ?

Après des études de littérature et de communication, j’ai travaillé dans différents médias (télévision, radio, presse écrite) en tant que journaliste, secrétaire de rédaction et animatrice. Toutes ces activités m’ont permis de voyager et de réaliser combien j’aimais non pas seulement entendre, mais aussi raconter des histoires. C’est à Nova (city magazine et radio) que j’ai véritablement démarré ma carrière de conteuse. J’étais en charge d’une rubrique baptisée Black nights où flanquée d’un photographe, j’écumais les lieux afro-caribéens de Paris et collectais les histoires de gens ordinaires. J’aimais écrire ces portraits, j’aimais extrapoler, romancer, et convertir, sur le papier, les nombreuses personnes que je croisais, en personnages.

Vous avez récemment reçu le prix littéraire Carbet de la Caraïbe et du Tout-Monde à la Havane en décembre dernier pour votre roman Faire l’aventure. Qu’est-ce que ça représente pour vous ?

Il devait être midi lorsque l’écrivain guadeloupéen Ernest Pépin m’a téléphoné pour m’annoncer cette nouvelle. Lui était déjà sur place, à Cuba, entourée d’écrivains et de personnalités du monde intellectuel que je respecte. Il m’appelait donc depuis cette Caraïbe d’où je suis originaire et qui irrigue jusqu’à aujourd’hui mes romans. Ce prix me fait chaud au coeur pour au moins deux raisons. D’abord parce c’est un sacré grand homme qui l’a crée, Edouard Glissant. Ensuite, parce qu’il est international, qu’il n’est pas circonscrit à une seule petite terre mais "regarde" aussi bien Cuba que La Guadeloupe, Haiti, la Guyane, le Vénézuela, la Martinique, etc. Il dit, démontre, reflète ce que je suis : une écrivaine qui marche le monde.

Pourquoi la Louisiane en ce moment ?

La Louisiane ne durera pas qu’un moment. Elle fait partie de ces terres qui vous attrapent, vous prennent autant qu’elles vous donnent, mais ne vous lâchent pas. Mon histoire avec ce territoire a commencé en 2009. J’étais invitée à donner une conférence à LSU Bâton Rouge. Je n’y suis restée que trois semaines, mais c’est comme si j’avais toujours été là, comme si je savais que je reviendrais. Je suis revenue en 2013, deux semaines. Un séjour bref qui m’a permis de construire un projet de roman. Ce roman à venir sur lequel j’ai commencé à travailler parlera d’esclavage, de tensions raciales, de mémoire perdue, de corps défendu, de plaisirs cachés, de terre spoliée, de colère, de ressentiment et de fraternité. Ce sera un roman "Mississippi", avec beaucoup de vase, de choses qui flottent, de brume et de courants. La bourse du Centre National du livre que j’ai reçue pour ce projet devrait me permettre de prolonger mon séjour et de m’imprégner du lieu.

Où pouvons-nous vous rencontrer ?

Dans la rue puisque je ne circule qu’à dos de vélo. A Treme, c’est là où j’ai la chance d’habiter depuis le mois de décembre. A Istambul Café où j’aime me rendre régulièrement pour rencontrer et écouter, et où le metteur en scène Jean Brager va commencer les répétitions de Humus. A l’Alliance Française, le samedi matin où j’ai la chance d’animer un atelier d’écriture de deux heures.

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dimanche 8 mars 2015
19h
Café Istanbul

Mise-en-espace de Jean Xavier Brager
Musique : Cécile Savage
Art vidéo : Yonus Astorga

Dernière modification : 09/03/2015

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