Lieux de Mémoire Français en Louisiane : Le Couvent des Ursulines [en]

Un des plus vieux édifice de la vallée du Mississippi

1788, Vendredi Saint, La Nouvelle-Orléans brûle.
Les trois quarts du quartier français sont réduits en cendres.
Parmi les édifices survivants : le couvent des Ursulines.

Il ne subsiste que très peu de traces architecturales de la présence française à La Nouvelle-Orléans et il ne fait nul doute que le grand incendie de 1788 en est la principale raison, faisant
du couvent des Ursulines un des rares exemples de ce à quoi aurait pu ressembler la ville si l’histoire avait pris un cours différent.

L’édifice a tenu bien des rôles tout au long de son existence.
Au cours des deux derniers siècles, il servit tour à tour de couvent pour les religieuses Ursulines, d’archevêché, d’école catholique pour garçons, d’école publique, de siège législatif pour la Louisiane et enfin de centre d’archives pour l’Archidiocèse.

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Un premier bâtiment fut construit en 1734, mais il se détériora rapidement car sa structure en colombages apparents ne résista que très peu de temps au climat subtropical humide de la Louisiane.
Un deuxième bâtiment fut conçu et construit en 1745 par Ignace François Broutin, qui fut également l’architecte du premier couvent.
Construit en briques recouvertes de stuc, le nouveau bâtiment est typique de l’architecture néoclassique française.
C’est une construction d’apparence fonctionnelle et symétrique, singulière par son manque d’ornementation. Seule la fenêtre centrale légèrement cintrée, sertie de moulures et l’étroit pavillon central à fronton brisent le rythme régulier de la fenestration. Le large toit en croupe, agrémenté de petites lucarnes basses et qui contraste avec la façade de fenêtres multiples, complète un bâtiment aux proportions raffinées.

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À l’époque des Ursulines, le rez-de-chaussée est composé d’un dortoir, de salles de classe, du réfectoire et de l’infirmerie de l’orphelinat.
Le deuxième étage contient les appartements des soeurs, une bibliothèque, une autre infirmerie et des pièces d’entreposage.
L’escalier en colimaçon, qui est visible depuis le couloir d’entrée principal, provient du couvent d’origine et a été réinstallé dans le nouveau bâtiment.

Le couvent face à l’Histoire

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Les premières sœurs, envoyées par Louis XV, arrivèrent à la Nouvelle-Orléans en 1727 du couvent de Rouen, afin de prendre en charge l’hôpital royal et l’éducation des jeunes filles.

Durant les premières années de son fonctionnement, le couvent fut un refuge pour les déshérités mais aussi une source d’éducation pour la population. Les soeurs portent surtout leur attention sur l’éducation des jeunes femmes, et sont indifférentes à leur ethnie ou condition sociale d’origine. Premier centre d’éducation de la colonie, le couvent fut avec la Cathédrale St Louis et le siège du gouvernement, une preuve de stabilité et de croissance dans cette colonie lointaine et souvent négligée, dont le simple nom, à la fin de la période française, avait fini par évoquer exil et punition pour les sujets du roi de France.

Mais la période française touchait à sa fin avec l’arrivée des espagnols en 1763.
Le nouveau gouverneur Alejandro O’Reilly destitua le couvent des Ursulines de sa fonction médicale.
Les religieuses se consacrent dès lors presque exclusivement à l’éducation.
A partir de 1778, les premières soeurs hispanophones arrivèrent de Cuba, montrant la volonté du nouveau pouvoir d’hispaniser les institutions.
Pendant les dix-huit années suivantes, la direction de l’école du couvent renforce l’apprentissage de la langue et de la culture espagnole, malgré la traditionnelle préférence de la population pour la langue et la culture française.
Les tensions entre les deux communautés, fréquentes dans la colonie tout au long de la période hispanique, se manifestent jusque dans le couvent et les dissensions entre les sœurs des deux origines apparaissent au grand jour.

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Le Gouverneur O’Reilly et la cession de la Louisiane aux Américains

Fin 1803, au terme d’âpres négociations entre la France, l’Espagne et les États-Unis, la Louisiane est vendue aux américains dans ce qui fut appelé : ‘’La plus grande transaction immobilière de l’Histoire’’
La nouvelle du transfert imminent du territoire aux États-Unis occasionna une certaine appréhension chez la majorité de la population.
Après le départ de nombreuses religieuses espagnoles vers La Havane, les Ursulines demeurées à La Nouvelle-Orléans s’inquiètent pour l’avenir de leur propriété ainsi que pour leur fonction éducative sous le nouveau drapeau Américain.
Un article du journal parisien l’Univers fit courir la rumeur que le gouvernement américain envisageait de retirer le couvent aux soeurs. L’inquiétude des Ursulines remonta finalement jusqu’au Président Thomas Jefferson qui leur écrivit personnellement et leur assura que leur travail ne serait pas interrompu, mais au contraire encouragé.
Fortes de ce soutien, les religieuses poursuivirent leur mission d’éducation dans ce qui fut, à l’époque, le seul établissement dispensant un enseignement au quotidien dans la ville.

En 1823, les autorités de la ville annoncèrent que les actuelles rues Royal et Governor Nicholls seraient prolongés, sectionnant de ce fait la propriété des religieuses.
Elles décidèrent de déménager dans l’une de leurs plantations à environ trois kilomètres en aval du fleuve, plus au sud de la ville.
Un nouveau et spacieux couvent fut construit sur ce qui est aujourd’hui le canal industriel.
Après 1899, le couvent servira de bureau et de presbytère pour l’église Sainte Marie attenante.

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L’influence et la culture française furent prédominantes dans la région jusqu’à la fin du XIXème siècle et le français resta la langue principale dans beaucoup d’écoles et de paroisses.

Ce bâtiment reste comme un des symboles de la colonisation française de la Louisiane et est un témoignage de la dimension religieuse de l’éducation dans cet état.
La Louisiane est en effet le seul état des États-Unis à utiliser le nom de “Paroisse” pour ce qui serait désigné comme “Comté” dans le reste du pays.

Dernière modification : 29/07/2020

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