Trois Questions A : Katrina Greer, fondatrice de The French Library à La Nouvelle-Orléans [en]

Au sein de "l’Etat le plus francophone des Etats-Unis", la francophonie prend une infinité de formes. Nous avons lancé la série "Trois Questions à", dans le but d’explorer la richesse et la vitalité de cette identité.

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Introduction

Je m’appelle Katrina Greer et je suis la fondatrice de The French Library, une librairie française pour enfants qui s’est peu à peu transformée en un environnement familial à La Nouvelle-Orléans. Notre mission est de proposer de la littérature française traditionnelle et contemporaine pour nos lecteurs français en immersion, des plus aux moins jeunes.

Pourquoi avoir ouvert une librairie jeunesse française à La Nouvelle-Orléans ?

Il y a deux raisons à cela. Côté business, c’était assez difficile de trouver des livres français à l’échelle nationale, et je me suis dit « pourquoi ne pas répondre à cette demande ? » Côté personnel, mon père parlait français, il a étudié à McGill à Montréal et mes enfants sont scolarisés dans un programme d’immersion française. Quand mon aîné a commencé à lire, nous ne pouvions pas le faire progresser à la maison, en dehors de l’école. Je ne trouvais pas de livres en français sur Pokémon ou Harry Potter, ni aucun des autres sujets qui l’intéressaient sans aller en France ou à Montréal. Il y avait une petite section chez Barnes and Noble qui proposait Le Petit Prince et Mes 100 premiers mots en français, mais cela reste des livres très élémentaires. J’ai aussi réalisé que je ne pouvais pas acheter de livres en ligne autrement qu’à travers la version française d’Amazon qui me facturait des frais de port astronomiques. C’est à ce moment que je me suis dit « et pourquoi ne pas ouvrir un petit magasin ? 

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A l’origine le concept était de créer un espace dans lequel je pourrais venir le matin après avoir déposé mes enfants à l’école, ouvrir la boutique, puis m’asseoir et lire toute la journée. Et peut être une ou deux personnes entreraient et je pourrais les aider à trouver des livres français pour leurs enfants. Mon mari me taquine aujourd’hui, parce que c’était
vraiment le discours que j’avais quand je lui ai dit « Oh, je voudrais ouvrir une petite librairie française ! » Mais je n’ai jamais rien fait dans la demi-mesure. Je l’ai dupé, et moi avec, parce que je croyais vraiment pouvoir fermer le magasin à 15h et aller chercher mes enfants à l’école. Mais, mon dieu, dans les deux semaines qui ont suivi l’ouverture, la librairie a attiré les foules ! J’ai réalisé qu’il y avait beaucoup d’autres parents et familles qui étaient aussi à la recherche de livres français. Je suis un rat de bibliothèque –à l’époque, quand les autres enfants se rêvaient docteurs ou danseurs, je voulais être bibliothécaire. Vraiment, je voulais vendre des livres, ou même plus simplement, en fournir aux gens.

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Au début je pensais d’ailleurs en faire une entreprise philanthropique ; je souhaitais seulement que les enfants puissent lire ! Ce qui a commencé comme un petit projet s’est transformé en une activité officielle. J’ai une formation de commerce avec une spécialisation vente et marketing qui me permet d’avoir une vraie expertise dans le milieu. La seule ville aux Etats-Unis à laquelle je pouvais penser pour ouvrir un tel endroit était bien La Nouvelle-Orléans. Mon plus grand espoir est que la boutique devienne une sorte de clé de voute pour la génération d’enfants en immersion aujourd’hui.

Même en dehors des communautés d’immersion, je sens que cette ville est enracinée dans son histoire française -ainsi que dans ses autres cultures, bien sûr. L’héritage français ici est tellement fort que c’est vraiment excitant de faire partie de ce mouvement francophone en Louisiane.

Comment envisagez-vous le futur du français en Louisiane, maintenant que vous faites partie du mouvement d’immersion française à La Nouvelle-Orléans ?

Il se développe de jour en jour ! Le groupe qui a lancé cette dynamique avec le CODOFIL voulait réellement réveiller la tradition française à La Nouvelle-Orléans. Et au -delà de ce mouvement, le français est tendance, je dois dire ! Je me rends souvent à Montréal, et par comparaison, je vois la manière dont le français est désormais complètement intégré à la communauté néo-orléanaise, à quel point il en fait partie. J’imagine que certaines personnes diront que ça paraît naturel, mais quand on regarde la génération qui a précédé la mienne, ces personnes étaient pénalisées et réprimées quand elles parlaient français. Voir le français redevenir un élément de la vie quotidienne n’a vraiment pas de prix.

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Je passe l’été en famille dans des villages français et je suis époustouflée de voir mes enfants capables de discuter et de jouer avec des petits Français qui ne parlent pas un mot d’anglais. Le français fait maintenant partie de leur identité et ils en sont fiers. J’aime à imaginer que dans 10 ans cette génération d’enfants formera une communauté bilingue
importante.

3- Quelles sont vos impressions de la communauté francophone de La Nouvelle-Orléans, et pourquoi pensez vous qu’elle vient à The French Library ?

Je suis muette d’admiration devant le travail des personnes de la communauté francophone de La Nouvelle-Orléans. C’est tellement intéressant parce que le français est la langue maternelle de certains, alors que d’autres ne le parlent pas du tout !
Je pense à deux très bons exemples : Pauline Dides (Principale de l’Ecole Bilingue de La Nouvelle-Orléans) et Keith Bartlett (Principal du Lycée Français de La Nouvelle-Orléans). Mes enfants sont allés à l’Ecole Bilingue et Pauline Dides est remarquable, un exemple pour nous tous ! Je suis impressionnée par tant de dévouement pour le développement de cette communauté. Aujourd’hui mes enfants vont au Lycée Français, je suis devenue une vraie activiste de la communauté et je souhaitais participer à sa croissance à plusieurs niveaux. Je suis tellement inspirée par Keith Bartlett, il n’est pas français mais est entièrement engagé pour le rayonnement de la culture, de l’éducation et du programme français, mais aussi pour la création d’un milieu diversifié et international pour les étudiants. Beaucoup de personnes me conseillent et me soutiennent au sein de la communauté française.

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Vous savez la manière qu’ont les parents de mélanger les épinards avec des cookies pour que les enfants ne se rendent pas compte qu’ils mangent des légumes ? Mon objectif numéro 1 est de faire naître un amour de la lecture à travers le jeu et la création d’un environnement dans lequel les enfants et les parents se sentent bien. Et avant qu’ils le sachent, sans même que les enfants en soient conscients, ils lisent et apprennent ! Je cherche à prolonger l’expérience d’apprentissage et le contact avec la langue française en dehors de l’école et je me sens vraiment soutenue par toutes les écoles et les parents dans cette démarche.

Question bonus – Quels sont vos livres préférés à la bibliothèque ?

Mon niveau de français est assez moyen donc mon magasin est parfait pour moi car je lis des livres pour enfants, ça me prend beaucoup de temps pour lire un roman pour adultes en entier ! En ce moment, je lis Harry Potter en français à mes enfants et au moins je réussis à les endormir parce que je lis très lentement ! C’est très drôle. Mes enfants de 7 et 8 ans et prennent la relève. Ils lisent Les Trois Brigands de Toni Ungerer, Oiseau et Croco, d’Alexis Deacon et le plus jeune de 3 ans aime beaucoup La Tétine de Nina de Christine Naumann-Villemin.
Nous commençons à vendre des livres en anglais et je cherche à avoir des traductions de mes livres anglais préférés qui ne sont pas disponibles en français. En ce moment j’essaye d’obtenir la traduction de Streganona, un de mes favoris, qui n’existe pas encore en français. C’est drôle parce qu’au début je souhaitais juste vendre quelques livres et je travaille maintenant avec des éditeurs sur des traductions et des droits. Je suis très intéressée de voir comment tout cela va évoluer !

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Dernière modification : 08/03/2018

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