Discours de la ministre déléguée chargée de la Francophonie, Mme Yamina Benguigui lors du congrès mondial des professeurs de français - Durban, 23 juillet 2012

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Maire,

Monsieur le Président de la Fédération internationale des professeurs de français,

Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs les représentants de l’Organisation internationale de la Francophonie,

Mesdames et Messieurs les Professeurs,

Chers Amis,

Permettez-moi de vous dire d’abord le plaisir que j’éprouve à être ici, en Afrique du Sud. Ce n’est jamais sans émotion que l’on vient dans ce pays. La nation sud-africaine a abrité les plus grands combats de notre temps. Aujourd’hui, elle est un acteur majeur de la politique mondiale. Elle est un exemple pour de nombreux peuples à travers la planète. Si le destin de ce pays parle à tous les hommes, pour moi il est à jamais associé à la rencontre que, jeune réalisatrice, je fis de Nelson Mandela. C’était il y a près de vingt ans, en compagnie de Danièle Mitterrand et de la Fondation France libertés. Je m’en souviens comme si c’était hier et j’aime à penser que Nelson Mandela a aussi gardé en mémoire cette rencontre.

Vous l’avez compris, je suis très heureuse d’apporter ici le message de la France. C’est un message d’amitié. Un message d’amour pour la diversité. De confiance dans l’avenir. De foi dans la grande mission d’éduquer et de transmettre. Je sais que ce message trouvera ici, dans la nation arc-en-ciel, une profonde résonance, un écho naturel. Je sais que nulle part ailleurs, peut-être, il sera mieux entendu. [...] Mesdames et Messieurs,

Je souhaite d’abord rendre hommage à votre travail, à votre engagement. C’est d’abord sur vous, et sur les 400.000 professeurs de français que l’on recense dans le monde, que repose le rayonnement de notre langue. Vous êtes, je le dis avec force, les premiers ambassadeurs du français.

Mais vous êtes plus que cela encore. Au-delà de la langue, vous transmettez des héritages culturels, des façons de penser, une ouverture d’esprit. Vous apportez aux nouvelles générations la chance de s’inscrire dans plusieurs mondes, de s’arracher au tête-à-tête avec une seule langue, une seule culture. Vous ouvrez aux jeunes les portes de la complexité, du pluralisme, qui est une des conditions de leur liberté, de notre liberté. Vous leur donnez aussi les moyens de la mobilité et de l’échange dans le monde ouvert qui est désormais le nôtre. Car le français est une des langues de la mondialisation, une de celles que le citoyen du monde doit connaître s’il veut comprendre l’Europe, l’Afrique, les pays arabes, l’Amérique du Nord et la Caraïbe. Une des langues qu’il doit parler s’il veut faire entendre sa voix dans les enceintes internationales où se décident les grandes affaires du monde.

Savoir deux langues, disait Goethe, c’est être Homme deux fois. Je crois dans cette formule. Vous êtes de ceux qui contribuez le plus à cette démultiplication, à cet agrandissement de l’existence. Nos sociétés et nos gouvernements doivent toujours en être pleinement conscients.

Nul ne l’ignore, si le métier d’enseignant est l’un des plus importants et des plus nobles qui soient, il est aussi l’un des plus exigeants, l’un des plus difficiles. Les contextes dans lesquels vous exercez vos missions sont souvent compliqués, tourmentés, frustrants. Vous avez parfois le sentiment de ne pas recevoir toute la reconnaissance que vous méritez, que mérite la haute tâche que vous accomplissez.

Aussi, je tiens à vous renouveler le soutien de mon pays, dont le nouveau président, vous le savez, a fait de l’éducation et de la jeunesse une grande priorité, une priorité impérieuse.

La France consacre près d’un milliard d’euros à la promotion du français dans le monde. C’est un effort important. Elle a créé, au fil des années, pas moins de 490 écoles, dans 130 pays. 300.000 enfants en bénéficient, dont la grande majorité n’est pas de nationalité française. Elle finance aussi plus de 500 instituts et alliances françaises, qui enseignent notre langue à 1 million d’élèves. Elle vient de créer une grande agence culturelle, l’Institut français, dont l’une des missions principales est de promouvoir la langue française. Son ministère des Affaires étrangères mobilise plusieurs milliers d’hommes et de femmes, qui travaillent dans vos pays, au quotidien, à vos côtés, dans les services culturels, les instituts et les alliances françaises. Je voudrais vous dire ici que cette politique, dont vous êtes les premiers partenaires et les principaux bénéficiaires, est fondamentale. Elle est essentielle. Je souhaite lui donner une nouvelle ambition.

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[Situation du français dans le monde]

Ma conviction, que je voudrais vous faire partager, est que le français est une langue moderne, une langue d’avenir. Ma conviction, c’est que les grandes transformations du monde, même si elles sont parfois ambivalentes, jouent en faveur de la langue française.

J’ai déjà évoqué une première grande transformation : le développement de l’Afrique, ce développement dont les démographes nous disent qu’il doit permettre, dans un horizon d’une quarantaine d’années, de multiplier par trois le nombre de francophones et de faire de la francophonie une force dans la géopolitique mondiale. Je n’y reviens pas.

Il en est une deuxième : c’est l’apparition progressive, sous l’influence des pays émergents, d’un monde multipolaire. Dans ce monde où la puissance économique et politique sera mieux partagée, il existera une nouvelle chance pour le pluralisme des langues et des cultures. Comment imaginer que les populations qui composent les nouvelles puissances ne voudront pas parler leur langue et accepteront une langue unique ?

Une autre grande transformation me paraît jouer en faveur du français : c’est la mondialisation. La multiplication des échanges, la mise en contact de toutes les sociétés, permettent aux individus qui appartiennent à des communautés linguistiques comme la francophonie de tisser des liens, de prendre conscience d’eux-mêmes, de renforcer leur unité, d’affirmer leur identité. Ce n’est pas un hasard si les vingt dernières années ont aussi vu la Francophonie institutionnelle se développer et s’affirmer sur la scène internationale.

Je crois aussi que la révolution numérique –autre grande évolution de nos sociétés- apporte aux grandes langues comme la nôtre une plateforme mondiale d’expression, de communication, de partage, de création. C’est une opportunité formidable. Ne nous trompons pas : si Internet a d’abord été, il y a 20 ans, presque exclusivement anglophone, il s’ouvre désormais à la diversité des langues. L’histoire d’Internet est celle d’une diversification linguistique croissante. L’anglais, après l’avoir monopolisé, n’occupe plus que la moitié de la Toile et la part du français a considérablement augmenté. Mais cette place de la langue française est encore loin, très loin, du niveau qui sera le sien quand l’Afrique s’en sera emparé.

Enfin, je crois qu’une autre dynamique historique remet le français au coeur de l’histoire. C’est le réveil des peuples du monde arabe. N’oublions jamais que c’est un pays francophone, la Tunisie, qui a allumé l’étincelle de la révolution. Et que l’on a vu des mots français, comme « dégage ! », traverser les frontières. Au Sud de la Méditerranée, à quelques centaines de miles marins de Marseille, les pays qui se sont mis en mouvement vers plus de liberté sont souvent des pays qui ont une histoire avec la France, avec sa langue et sa culture, une histoire bien sûr compliquée, mais une histoire toujours intense et passionnelle.

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[Stratégie de la France]

Faut-il en conclure que le français, ainsi porté par ces dynamiques, se diffusera inéluctablement ? Faut-il attendre les bras croisés ? Nous ne le croyons pas. Car ces grandes transformations ne produiront les effets espérés que si nous savons saisir, dès maintenant, les opportunités dont elles sont porteuses. Notre optimisme est un optimisme raisonné et critique. Nous savons que nous avons besoin de volonté politique pour tirer parti de la nouvelle configuration du monde.

Sachez que la volonté politique de la France, son volontarisme, se porteront dans les années qui viennent sur 3 priorités.

1/Notre première priorité est de consolider la famille francophone, en particulier sur le continent africain et en Méditerranée. Nous avons la chance qu’existe autour de notre langue un ensemble dynamique d’Etats, une aire géolinguistique en croissance. Nous considérons qu’il est impératif de renforcer cette communauté. A cet égard, je crois que nous avons deux défis principaux. Tous deux concernent la jeunesse.

Le premier est celui de la transmission du français aux nouvelles générations dans les Etats d’Afrique sub-saharienne où celui-ci est langue officielle et d’enseignement. L’OIF nous l’a dit : les Francophones devraient être, pour des raisons démographiques, trois fois plus nombreux en 2050.

Mais soyons prudents : cette évolution ne se concrétisera que si dans les pays francophones d’Afrique, le français est effectivement transmis aux générations qui viennent. Cela ne va pas de soi. Cela suppose que tous les enfants accèdent à l’école et que la langue française soit bien présente dans les programmes d’enseignement. La France restera donc plus que jamais aux côtés de ses partenaires d’Afrique pour les accompagner vers ces objectifs. Elle continuera, avec son agence de développement (AFD) et les autres acteurs de la communauté internationale, d’appuyer leurs efforts pour construire des écoles, former des enseignants, bâtir des politiques éducatives. Les progrès qui ont d’ores et déjà été accomplis dans ce domaine sont impressionnants. La réalisation de l’objectif du millénaire d’une scolarisation universelle en 2015 est à portée de mains pour de nombreux pays. Mais beaucoup reste à faire, en particulier, pour scolariser les filles, ce que nous considérons comme capital, et pour donner une éducation aux enfants issus de milieux défavorisés et de minorités.

Mais il y a une autre condition : il faut encore assurer à ces jeunes un enseignement de qualité. Aussi, nous continuerons, avec nos partenaires multilatéraux et l’ensemble des bailleurs, d’aider les maîtres qui enseignent dans notre langue à maîtriser celle-ci. Nous poursuivrons notre appui au développement, dans les petites classes, d’un enseignement bilingue associant le français et les langues maternelles africaines. Car l’expérience a montré que les enfants étaient mieux en mesure d’acquérir les savoirs fondamentaux –lire, écrire, compter- quand l’enseignant s’appuyait, non seulement sur le français, mais aussi sur la langue qui est parlée à la maison. C’est le sens de l’initiative Elan-Afrique mise en oeuvre par l’OIF et financée par l’AFD à hauteur de 4.5 M d’euros.

Je suis heureuse que l’OIF, illustrant son combat pour le plurilinguisme, se soit engagée dans cette voie, montrant qu’il n’est pas contradictoire, au contraire, de promouvoir le français et de valoriser le wolof, le bambara ou le peul. Le français doit cohabiter harmonieusement avec les langues africaines, ces langues de la mémoire collective et de l’intimité, qui sont aussi des langues créatives. N’oublions pas par ailleurs que c’est toujours une perte irréparable pour l’humanité quand une langue vient à disparaître.

L’autre défi que nous devons relever si nous voulons renforcer la famille francophone se situe dans les pays de la rive Sud de la Méditerranée. La problématique y est bien sûr différente. L’enseignement y est massivement en arabe. Mais le français occupe une place importante dans les écoles, et surtout les universités. Les bouleversements politiques en cours dans la région vont-ils modifier cette situation ? Je crois qu’ils devraient conduire à la consolider, non à la remettre en cause. Pourquoi ? Parce que ces changements politiques ont vocation à nous rapprocher, non à nous éloigner. Le français nous permet de nous parler, d’échanger, de nous comprendre, de développer nos relations économiques, culturelles, scientifiques. J’ai bien l’intention, en plein accord avec nos partenaires, de prendre des initiatives pour renforcer ce lien. Le ministère des Affaires étrangères va lancer à l’automne un projet en direction des jeunes des pays du monde arabe, qui sont le moteur du changement.

Mais j’ai conscience que la vitalité du français passe aussi par l’existence d’un véritable environnement francophone dans les médias, la culture, l’administration. Alors sachez que, partout où on nous le demande, nous avons le souci d’organiser des événements culturels, d’accompagner les médias francophones, en particulier à travers Canal France International. Nous le faisons dans de très nombreux pays, par exemple au Mali ou au Liban. Sachez que nous sommes également disposés, comme nous le proposons en Mauritanie ou en Guinée, à renforcer la maîtrise du français des juristes, des fonctionnaires, des cadres des administrations. Sachez que nous considérons comme essentiel d’accompagner les littératures, les écritures cinématographiques et théâtrales, les expressions artistiques, de nos partenaires francophones.

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Mesdames et Messieurs,

2/Nous avons une deuxième priorité. Le français n’a pas seulement pour atout de constituer une famille géolinguistique. Il est aussi une des rares langues à être enseignées comme langue étrangère dans les systèmes éducatifs de tous les pays. Le français est, en grande partie grâce a vous, la deuxième langue la plus apprise, après l’anglais. Il progresse dans de nombreuses sociétés émergentes où d’immenses classes moyennes arrivent au niveau de l’enseignement secondaire et demandent à apprendre les langues étrangères. Au total, 116 millions d’élèves et d’étudiants en font l’apprentissage. Il est important que nous renforcions cette position.

Je propose que le réseau culturel français et vos associations travaillent ensemble à cet objectif en privilégiant deux types d’actions.

D’abord, il nous faut inciter les autorités éducatives à développer l’enseignement d’au moins deux langues étrangères. Et bien sûr, il faut convaincre ces autorités d’offrir la langue française parmi les langues proposées aux élèves. Vous jouez pour cela un rôle essentiel. Vous êtes les mieux placés pour mener cette activité de plaidoyer en faveur du multilinguisme dans chacun de vos pays. En Europe, vous pouvez vous appuyer sur la résolution du Conseil de l’Union européenne de 2002 qui invite les États membres à offrir aux élèves plusieurs langues étrangères.

Au récent Forum mondial de la langue française de Québec, qui a été un grand succès, il a été question de doter la communauté internationale d’une convention sur la diversité linguistique. Je crois que cela serait déjà un pas dans la bonne direction si les Etats, au-delà de l’Europe, prenaient des engagements relatifs au seul domaine de l’enseignement et se fixaient pour objectif de proposer plusieurs langues étrangères dans leurs systèmes éducatifs. Je crois, en résumé, que cela serait un progrès si nous travaillons sur une charte du plurilinguisme dans l’éducation.

La deuxième action sur laquelle je vous propose de travailler consiste à renforcer l’attractivité du français. Car les élèves choisiront notre langue si elle est attractive. Le réseau culturel français à l’étranger continuera de vous soutenir dans vos efforts en ce sens. Pour améliorer la formation universitaire et continue. Pour favoriser la diffusion de méthodes innovantes d’enseignement. Pour développer, avec le Centre international d’Etudes pédagogiques, les certifications de français qui permettent de reconnaître le niveau atteint par les élèves et de valoriser leur apprentissage. Enfin et surtout, pour diffuser l’enseignement bilingue francophone.

Je veux m’arrêter sur ce point, car c’est pour nous prioritaire. Les filières bilingues francophones à l’étranger comptent environ 1,7 M d’élèves dans plus de cinquante pays. Elles sont valorisantes pour les élèves et les familles. Nous avons décidé de les promouvoir. Pour cela, le gouvernement français a créé un label, le label LabelFrancEducation. Il s’adresse à des établissements d’excellence qui font le choix de dispenser au moins un tiers de leur enseignement dans notre langue. Il a déjà été décerné à 17 établissements. Je m’adresse à vous, dans le cadre du partenariat qui unit vos associations et notre réseau culturel, pour vous proposer de nous aider à identifier les établissements qui pourraient bénéficier de ce label, et par là de la visibilité et du soutien pédagogique de la France qui l’accompagnent. A terme, il s’agit de constituer un nouveau réseau mondial d’au moins une centaine d’établissements.

Mesdames et Messieurs,

3/Notre troisième priorité est de promouvoir le français dans la vie internationale. Je pense à la diplomatie, aux grandes organisations multilatérales, aux échanges économiques transnationaux. Je pense aussi aux médias qui bénéficient d’une audience planétaire. Je pense enfin et surtout à Internet, qui constitue l’embryon d’une société civile mondiale. Le français doit être présent dans ces lieux, dans ces espaces, s’il veut rester une langue internationale.

D’abord la diplomatie. Nous souhaitons que le français continue d’être une des langues de travail privilégiées des institutions internationales, qu’elles soient multilatérales comme l’ONU, ou régionales comme l’Union européenne et l’Union africaine. Il ne faut pas se le cacher : le combat est difficile, car il existe une tendance forte à rechercher une langue unique, en l’occurrence l’anglais. Mais il n’est pas question de se résigner. Nous veillerons au respect du critère de la maîtrise du français dans le recrutement des cadres. A la formation linguistique des fonctionnaires internationaux en activité. Nous serons également plus vigilants que jamais sur l’existence de dispositifs de traduction et d’interprétariat, sur la relève des interprètes et traducteurs, sur l’utilisation du français dans les documents officiels et sur les sites internet des organismes. Sur tous ces sujets, l’OIF et les autres Etats membres de la Francophonie sont bien sûr nos premiers partenaires.

Ensuite l’économie. Le français doit avoir toute sa place dans les échanges internationaux. Parce que la France est la 5ème puissance industrielle. Parce que la zone francophone réalise 20 % du commerce mondial de marchandises et 15 % du PIB mondial. Dans beaucoup de pays d’Afrique anglophone, mais aussi en Chine, on apprend d’abord le français pour faire des affaires avec des pays francophones du continent africain. Comment ne pas voir, par exemple, tout ce que la langue française pourrait apporter à l’Afrique du Sud pour renforcer ses liens avec ce continent dont le français est la première langue ?

Ensemble nous avons une mission : convaincre qu’apprendre le français est une source d’opportunités commerciales, un atout pour la vie professionnelle. Bref, pour chaque jeune, une valeur ajoutée pour son avenir.

Nous devons ainsi unir nos efforts pour promouvoir l’apprentissage du français économique, développer les certifications de français des affaires, notamment celles de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris. La France souhaite aussi accueillir plus d’élèves de vos pays dans ses écoles de commerce, développer des filières francophones dans les établissements qui, chez vous, forment les dirigeants d’entreprise.

Je me félicite que des grands groupes français présents à l’international, telles Michelin, se soient dotés de « protocoles linguistiques ». J’aimerais que d’autres entreprises s’engagent, par ce type de protocole, à former au français leurs employés et à utiliser notre langue dans leurs activités.

Enfin, les médias. Je sais que vous en êtes tous conscients : l’avenir du français dépend de plus en plus de sa place dans la société mondiale de l’information. Nous disposons de grands médias francophones internationaux : TV5 Monde, RFI, France 24, qui permettent de toucher plus de 400 millions de foyers par semaine. Je crois que vous êtes particulièrement familiers de TV5 Monde, qui constitue un outil remarquable aussi bien pour le grand public que pour les élèves et les professeurs. Je comprends que vous en parlerez durant le congrès. Alors sachez que la France entend bien consolider le rayonnement de ces médias internationaux. C’est une priorité de son action extérieure.

Mais autant qu’aux médias traditionnels, nous devons porter une attention à l’espace Internet. Il est tout simplement impensable, aujourd’hui, de vouloir promouvoir le français dans le monde sans mettre le numérique au coeur de nos stratégies. Car la Toile est en passe de devenir le premier moyen d’accès à l’information, au savoir, à la culture, au divertissement. Et dans la société mondiale de la communication, ce qui n’est pas visible sur le Net n’existe pas. Il est crucial que notre langue soit bien présente dans cet espace. Il n’y aura pas de francophonie durable si la Francophonie, au XXIème siècle, n’est pas une communauté numérique.

Or, cette communauté est encore à construire, et l’espace numérique encore à conquérir. Notre langue est certes bien présente sur la Toile, mais elle l’est trop peu par rapport à la réalité de sa pratique. Les pages en français occupent un peu moins de 5% de l’espace Internet, contre 50 % pour l’anglais, et 6% pour l’allemand, qui a pourtant moins de locuteurs que le français.

A cet égard, nous avons une double mission. La première est de créer plus de contenus en français sur Internet. Il importe en particulier que les pays francophones du Sud produisent davantage de pages web et soient plus présents sur les réseaux sociaux. La seconde est de mieux utiliser la Toile et les outils numériques pour apprendre et enseigner notre langue, mais aussi pour développer les formations professionnelles en français. Je souhaite tout particulièrement, avec l’AUF, encourager les campus numériques.

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Mesdames et Messieurs, chers amis,

On a raison de dire que la façon dont on défend une cause est tout aussi importante que la cause elle-même. On le sait bien dans le pays de Mandela.

Alors, vous l’avez compris, ce n’est pas une vision inquiète et défensive de la francophonie que je suis venue vous présenter. C’est une vision confiante et vigilante. Tournée vers l’avenir. Une vision qui fait droit à la complexité du monde, au temps long de l’histoire. Qui se méfie des idéologies, des théories du déclin ou du complot, toujours simplificatrices, toujours fausses. Je sais que cette conception ouverte et exigeante de la francophonie est aussi la vôtre. Je sais que vous la partagez.

Il y a quelques années, dans un grand journal français, des écrivains comme Jean-Marie Gustave Le Clezio et Amin Maalouf, publiaient un manifeste en faveur d’une « littérature-monde en français ». Leur intention : faire comprendre que la littérature en langue française n’était plus, depuis un certain temps déjà, la littérature d’un seul pays, la littérature de la seule France. Faire comprendre qu’il fallait rompre le lien –charnel, exclusif et séculaire- entre la littérature française et la nation. Se débarrasser de l’idée qu’il y aurait, dans ce domaine, un « centre » et une « périphérie ». Je crois qu’ils avaient raison. Et je voudrais faire mienne cette idée, non seulement de « littérature-monde en français », mais aussi de « langue-monde ». Oui, de « langue-monde ». Je voudrais vous inviter à vous engager pour cette langue dont le centre est désormais partout. Cette langue, maternelle ou choisie, langue d’exil parfois, qui ne raconte pas seulement la beauté de Paris, mais aussi les espoirs du monde arabe, l’utopie cosmopolite de Montréal, ou bien l’énergie des nouvelles métropoles d’Afrique. Cette langue riche de la diversité de ceux qui l’ont en partage.

Cette langue, qui appartient aux quatre coins du monde, est la vôtre. Elle est la nôtre. Nous savons votre combat quotidien pour l’enseigner malgré les difficultés, vos trésors d’imagination pour la faire vivre, votre talent à la faire aimer. Au nom du gouvernement français, je vous remercie, du fond du coeur, de ce que vous faites pour elle. Je suis sûre qu’ensemble, grâce à ce congrès, nous allons ouvrir de nouveaux chemins. Je vous remercie pour votre attention./.

Dernière modification : 05/09/2012

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