Trois Questions A : Scott Tilton

Au sein de "l’Etat le plus francophone des Etats-Unis", la francophonie prend une infinité de formes. Nous avons lancé la série "Trois Questions à", dans le but d’explorer la richesse et la vitalité de cette identité.

Scott Tilton a lancé l’initiative de la candidiature de la Louisiane a l’Organisation International de la Francophonie en avril 2018.

La décision finale sera prise lors du XVIIe Sommet de la Francophonie à Erevan, Arménie, les 10 et 11 octobre 2018.

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Présentation

Je suis d’une famille francophone néo-orléanaise. Ma grand-mère, Louise Dupuy, et mon père parlaient bien le français. Là où j’ai grandi, mes voisines parlaient le créole de l’île de St Lucie dans les Caraïbes et j’avais une autre voisine qui parlait le Kouri-vini (le créole de la Louisiane). Cela a vraiment eu un impact positif pour moi de grandir dans une famille francophone avec des voisines créolophones.

J’ai passé ma licence en Virginie. C’était le moment pour moi de voir du pays et d’avoir une expérience hors de la Louisiane. Ensuite, j’ai eu l’occasion d’aller à Sciences Po Paris où j’ai fait mon master. J’y habite toujours, ça fait déjà trois ans. Mais je retourne assez souvent en Louisiane.

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Comment avez-vous eu l’idée de déposer la candidature de la Louisiane à l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ?

J’ai toujours voulu créer des liens entre la Louisiane et la France. Quand j’étais à Sciences Po, j’ai assisté à une conférence sur l’économie de la francophonie, sponsorisée par l’OIF. Je me suis rendu compte que, par exemple, le Québec a un statut différent du Canada et ça m’a donné l’idée d’approcher l’OIF pour demander si la Louisiane pourrait proposer sa candidature. Cela a déclenché une sorte de mouvement que j’ai coordonné avec différents acteurs en Louisiane, notamment le Sénateur Eric Lafleur et Charles Larroque, l’ancien directeur du CODOFIL. Nous avons travaillé ensemble pour engager cette initiative et pour se coordonner aussi avec le Département d’Etat.

Nous avons déposé la candidature à l’OIF en avril 2018. On verra, mais je croise les doigts ! Je pense qu’on est bien parti pour être accepté.

Quelles sont les avantages d’être membre observateur et comment la Louisiane sera-t-elle bénéfique pour l’OIF, et inversement ?

En tant que membre observateur, il y a trois dimensions clés. Il y a la reconnaissance à l’échelle internationale, les initiatives éducatives et enfin le commerce. Je pense qu’avoir la reconnaissance à l’échelle internationale est vraiment un atout pour l’état. Il y a déjà en Louisiane près de 250 000 habitants qui parlent soit le créole soit le français, ou soit une des différentes langues d’héritage. Ce sont des cultures vraiment diverses même pour la francophonie.

L’éducation est aussi une dimension clé. Premièrement, c’est grâce aux écoles en immersion qu’a pu se faire la renaissance du français en Louisiane. Ensuite, en tant que membre observateur de l’OIF, nos universités pourraient faire partie de l’Agence Universitaire de la Francophonie qui propose des bourses ou des échanges de recherche. Par exemple, des chercheurs peuvent venir en Louisiane, et vice-versa, dans n’importe quel domaine, pas uniquement linguistique. Du coup il y a un cercle vertueux qui permet de renforcer la francophonie en Louisiane.

La troisième chose c’est le commerce. L’OIF a 84 membres avec différents statuts. Lors des forums d’entreprise ou des sommets, la Louisiane pourra y participer pour communiquer et faire le “pitch” pour créer des emplois au sein de l’état et développer un écosystème francophone.

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Je pense que la Louisiane a toujours été une sorte d’alliée pour la francophonie en Amérique du Nord. La Louisiane c’est un peu la culture francophone phare pour les Etats-Unis. Je pense qu’être membre de l’OIF encouragera les citoyens des Etats-Unis à venir en Louisiane et à apprendre le français. De plus, nous pouvons donner une vision des Etats-Unis francophone à l’échelle internationale.

Nous allons travailler bien sûr dans le cadre de notre région pour dire que nous avons cette culture qui est liée au monde, aux Caraïbes, à la France et au Canada. Nous pourrions porter cette perspective en tant qu’Américains à l’OIF.

Est-ce que vous pensez qu’il existe déjà en Louisiane un sentiment d’appartenance au monde francophone ?

Je dis souvent que la Louisiane est née dans les Caraïbes et a grandi aux Etats-Unis. Nous faisons vraiment parti de plusieurs cultures à la fois et c’est aussi notre version de la francophonie ici. Par exemple, l’autre jour j’étais avec un représentant du département de l’Etat au Marché St Roch en train de discuter en français. Ensuite, il y avait quelqu’un assis à côté de nous qui a dit “Vous parlez français ?” et ça a déclenché toute une conversation ! A un moment dans le resto tout le monde autour de la table s’est mis à parler français. Donc la francophonie c’est quelque chose d’international, mais c’est aussi quelque chose qui vient d’ici. Ce n’est pas toujours évident en Louisiane de savoir qui parle français et qui ne le parle pas. Mais quand on donne l’occasion de parler en français, les gens veulent le faire. Je pense aussi que les Louisianais ont cette perspective d’ouverture au monde et c’est vraiment quelque chose d’unique qui marque le mode de vie en Louisiane. C’est quelque chose que nous ne voulons pas juste préserver, mais promouvoir.

Prochaines étapes pour la Louisiane ?

Déjà il y a beaucoup de mouvement. Il y a de bonnes nouvelles et je pense qu’on est bien positionnée pour aller en Erevan (XVIIe Sommet de la Francophonie en Arménie) en octobre. Il y aura un vote parmi la cinquantaine de chefs d’État membres permanents. Il y a aussi certaines provinces du Canada qui ont un statut particulier donc ils vont aussi voter, ce qui est très bien pour nous. En parlant avec les différentes délégations auprès de l’OIF, ils sont vraiment positifs. Cela montre à quel point la candidature de la Louisiane fait un peu le buzz ! C’est assez unique ce qu’on cherche comme statut. Notre héritage nous amène à porter l’idée qu’en Louisiane la francophonie existe et existera.

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Dernière modification : 03/10/2018

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